Alors que défilent à la télé les images terribles de Haïti dont la situation ne cesse de se dégrader, alors que nous avons passé un week end à Maripasoula, où l'armée est très présente, sur terre, sur l'eau et dans l'air après la prise d'otages des deux vigiles du site d'orpaillage de Dorlin, le week end dernier, prise d'otages nettement moins relayée que celle de l'équipage du Ponant, heureusement terminée aujourd'hui (les vigiles de Dorlin ont vécu des heures vraisemblablement autrement terrifiantes que les otages du Ponant, dans la mesure où ils ont cru pendant plus de quarante heures que les agresseurs ne les laisseraient pas en vie...), je viens vous parler rapidement du livre que je viens de terminer ce soir, en attendant - longtemps... - mon tour chez le toubib.

Il s'agit de Case à Chine, de Raphaël Confiant, publié en septembre 2007 chez Mercure de France. Lecture quelque peu ardue, pour moi, il faut bien le dire. De chapitre en chapitre, le très prolixe écrivain (qui s'est récemment intéressé à la chlordécone et à ses méfaits en Martinique...) se penche sur la généalogie d'ancêtres chinois du petit Farel... A l'abolition de l'esclavage, les propriétaires s'arrachent les cheveux : leur main d'oeuvre a disparu. Des razzias ont alors lieu tant en Inde qu'en Chine, et de nombreux navires déversent sur l'île une nouvelle race de travailleurs dont les créoles ne peuvent que se méfier tant ils sont différents d'eux. Nous découvrons ainsi quelques héros à la personnalité forte : Chang-Seng, Yung-Ming, alias le docteur Chine, Ma... Les femmes sont au centre de l'histoire, tant par leur attrait que par leur caractère, et nous observons ainsi l'évolution d'une nouvelle société métissée. Difficile, je l'avoue, de s'y retrouver car l'auteur bondit d'après en avant sans cesse - il a raison, ceci explique cela -, mais intéressante introduction à cet important pan de l'histoire martiniquaise, dont l'immigration chinoise a débuté bien avant qu'en Guyane. Il est passionnant de découvrir une lignée si mêlée, cela m'évoque, quoiqu'on puisse en penser parfois, notre infinie complexité : moi qui vous écris ce soir, de combien d'ancêtres venus d'ailleurs suis-je descendante, quelle vie a-t-elle été la leur ? Ce type de "devoir de mémoire" est émouvant, lisez-le tranquillement, en sachant bien qu'il ne s'avale pas comme un polar : on y découvre un langage empli de mots français oubliés, remaniés, percutants qui ne peuvent que retenir notre attention. Un beau voyage en perspective, d'Est en Ouest, balancier incessant : il me rappelle étrangement le même souci de Zoé Valdès qui, en son dernier roman l'éternité de l'instant évoquait également ses origines asiatiques.

Même s'il n'est point évident de rentrer dans une généalogie dont les noms, pour nous, sont très proches, il est émouvant de se pencher sur ces récits ; ils nous rappellent nos cousinages, ils pourraient presque nous rapprocher...