...est ces jours-ci fortement remise en question par cette hausse incessante du prix des carburants, par le ras le bol des consommateurs largement manifesté hier à Cayenne et Kourou, par cette absence de transports en communs qui rend impossible le recours à une solution alternative aux blocages et aux coûts excessifs...

Auparavant, l'essence parvenait en Guyane d'un pays proche ; lorsqu'il fut établi que les normes de l'Europe n'étaient pas respectées dans la composition de ce carburant, l'on décida de mettre en place un circuit de distribution permettant la livraison d'éléments moins polluants ; c'est donc par la société Sara que fut mise en place cette nouvelle organisation. On peut penser légitime qu'un surcoût en découle... Mais on peut également estimer légitime que les consommateurs craquent en voyant grimper le prix de l'essence (1,77 € le litre ???) alors qu'ils n'ont pas d'autre choix que d'utiliser leur véhicule personnel, puisque la notion de transport en commun est particulièrement ténue en Guyane.

Je vous l'ai déjà dit, c'est à Bordeaux que je suis actuellement installée ; en dix ans, spectaculaire transformation de la ville : trois lignes de tram, maintien de nombreuses lignes de bus... Malgré cela, Bordeaux reste une ville encombrée, où il est particulièrement pénible de circuler. Lorsque les transports en commun sont arrêtés pour cause de grève (comme jeudi dernier, où un rendez-vous essentiel m'a donc valu une petite marche au pas de charge de quasiment deux heures...), Bordeaux est quasiment bloquée et l'on peut donc prendre la mesure de la masse de population desservie par ces transports... Tout est effectivement fait pour que l'usager abandonne son véhicule personnel (voies à sens unique, prix élevé du stationnement intra muros, parkings à proximité des terminus de tram, etc...). Cela ne peut empêcher, en raison de leur métier ou de leurs horaires ou de la localisation de leur domicile ou de celle de leur boulot, l'emprunt obligatoire du véhicule personnel par une proportion non négligeable d'usagers.

Bordeaux a environ 250 000 habitants, hors agglomération qui doit bien en compter 200 000 ; largement plus donc que la Guyane. Ceci peut expliquer que "les autorités" ne voient pas l'urgence de la mise en place d'un maillage de l'île de Cayenne par une vraie desserte de bus, de taille à discuter, mais avec des horaires réguliers (je sais qu'il existe quelques bus, mais en nombre totalement insuffisant par rapport aux besoins). Parce qu'il est impensable de laisser une population supporter cette lente dégradation de sa qualité de vie (embouteillages de plus en plus denses, coût du carburant de plus en plus élevé) : comment les élus ne se manifestent ils pas plus sur le sujet ? Pourquoi les services de l'Etat ne parviennent ils pas à attirer l'attention de l'Etat sur l'urgence du règlement du problème ?

Il est facile à certains de critiquer les "grévistes" : certes, d'aucuns profitent de la situation pour se mettre en vacances... mais d'autres se retrouvent réellement dans des situations dramatiques devant lesquelles ils ne peuvent que s'affoler. Je pense que le mouvement qui s'est mis en place aboutira à une réflexion ; espérons qu'elle ne s'arrête pas à une légère diminution du prix du litre mais qu'elle débouche sur une prise de conscience "citoyenne" de la nécessité de mettre en place un autre plan de circulation dans et entre les villes...

J'ai également cru comprendre que la situation  quotidienne du quartier Mont Lucas se dégradait. Je connais l'endroit... Mais il est évident qu'une politique de la ville, avec mise en place de moyens nécessaires, est totalement prioritaire, ici comme dans d'autres points "sensibles" ; l'on ne peut que souhaiter que l'équipe municipale en place depuis le début de l'année prenne à bras le corps cette difficile situation pour y trouver solution...

Bonne journée à vous...