J'évoquais récemment ici Jean Marie Gustave Le Clézio, ce franco-mauricien au parcours et à l'écriture si variés, dont l'oeuvre a débouché sur le Nobel de Littérature 2008.

Je viens de terminer son dernier "roman", "Ritournelle de la faim", publié chez Gallimard en septembre 2008. La maîtrise de l'écriture permet à Le Clézio de sembler ici "facile" et léger, alors que ses touches délicates dépeint une situation délicate et douloureuse : le cheminement, le développement "spirituel" d'une jeune fille (sa mère ?) au travers de l'exposition coloniale de 1931 et du rêve d'un vieil homme, de bruits de bottes et de conversations de salon antisémites parfois, égoïstes souvent, d'une amitié adolescente en forme de dentelle découpée, des relations complexes de ses parents et surtout... de la guerre. Développement chronologique des faits, vécus par Ethel avec plus ou moins de détachement voire de recul - apparemment -, mais la transformant en profondeur, la mûrissant, tel un tableau, de touches de couleurs plus ou moins sombres, printanières ou hivernales. Je ne saurais analyser Le Clézio, juste après une simple lecture de son dernier né : l'auteur mérite une relecture, et j'espère bien que sa "consécration" officielle donnera à certains l'envie de le découvrir... sans les faire fuir, surtout...

L'un de mes proches a recherché sur Internet les Nobel de littérature français ; il semble que les lauréats furent plus européens qu'africains, on ne peut que le regretter. Par ailleurs, certains grands en furent écartés, d'autres victoires ont été violemment contestées. Le choix de certains fut plus politique que littéraire (Soljenitsyne, Pamuk) ; l'an dernier, Doris Lessing remporta le prix : l'un de ses livres vient d'être traduit en français, je pense que je vais prochainement craquer !

Voici, pour mémoire, les français qui ont décroché ce fameux Nobel : Sully Prudhommme, Frédéric Mistral, Romain Rolland, Anatole France,  Henri Bergson, Roger Martin du Gard, André Gide, François Mauriac, Albert Camus, Saint-John Perse, Jean Paul Sartre (qui le refuse), Claude Simon, Gao Xingjian,  puis donc Jean-Marie Gustave Le Clézio. "Intéressant" pour moi de constater que je n'ai pas lu tous ces auteurs, du moins assez pour prétendre les bien connaître ! Certes, le Nobel peut sembler, et l'est, élitiste : c'est le lot de tout prix ! Mais la qualité littéraire n'est point synonyme d'hermétisme, elle ne demande qu'à se laisser apprivoiser afin d'être mieux savourée.

Bon appétit à vous, donc !