Bonjour,

Nous le savions hospitalisé depuis plusieurs jours ; Aimé Césaire, l'un des trois "chantres" de la négritude, avec Léon Gontran Damas le guyanais et Léopols Sendar Senghor l'africain est donc parti rejoindre ses pairs, ouvrant plus ou moins vigoureusement le robinet à larmes dont nous sommes inégalement dotés quand s'envolent les êtres chers...

Une amie - nous l'appellerons Véronique - me disait très récemment que son inéluctable départ engendrerait de nombreuses manifestations de sympathie et de douleur, qu'Aimé Césaire deviendrait l'un des immortels des Caraïbes et donc de la négritude, alors qu'il semble que Léon Gontran Damas soit nettement moins célébré - en Guyane ou ailleurs -. Sans doute Aimé Césaire a-t-il, tout d'abord, été Maire de Fort de France très longtemps et est-il resté en son île jusqu'au bout de sa vie, alors que Damas ne fit qu'une relativement brève carrière politique. Damas vécut son enfance en Guyane et continua ses études en Martinique, où il rencontra Césaire. Tous deux furent proches, tous deux devinrent écrivains, l'un (Aimé Césaire) plus "productif" que l'autre. Damas souffrit toute sa vie intimement de toutes marques de racisme et d'injustice, il se rapprocha de Desnos et Marguerite Duras pour lutter contre le nazisme, vécut en France, travailla aux Etats Unis. Il fut le premier des trois fondateurs de la notion de négritude - parfois controversée - à mourir, en 1978 (le sénégalais Senghor décéda, lui, en 2001). Damas eut également une carrière politique, mais brève, de député dans les années 50.

Le poète Guy Tirolien et d'autres étudiants participèrent à la construction de cette notion de négritude, grâce notamment à la création de la revue l'Etudiant Noir dans les années 30, mais Aimé Césaire, qui donc aujourd'hui s'en est allé, a toute sa vie écrit et oeuvré contre le colonialisme, même s'il se prononça pour la départementalisation après la seconde guerre mondiale.

Aimé Césaire eut donc une production littéraire infiniment plus abondante que Damas ; beaucoup de poèmes "cahier d'un retour au pays natal", "Soleil cou coupé", "Ferrements"..., mais aussi théâtre (une saison au Congo, la Tragédie du Roi Christophe...) et essais (discours sur le colonialisme, discours sur la négritude...).

Pratiquement jusqu'au bout de sa longue vie (il était né en 1913) il aura agi, écrit, vécu, rencontré des hommes politiques, combattu... Récemment encore il s'insurgeait contre la fameuse loi évoquant "l'aspect positif de la colonisation en afrique du nord..." qu'il eût fallu enseigner aux jeunes écoliers : à plus de 90 ans, ce grand monsieur avait l'esprit vigilant et critique, il avait aussi la place, l'audience, lui permettant de donner plus de poids à ses propos : espérons que ses successeurs sauront enfiler ses bottes avec discernement et tolérance !

Au revoir, Monsieur Césaire, à travers vos écrits que nous allons naturellement relire autrement...