Un guyanais de 42 ans est mort le 29 mai dernier, victime du virus de la rage : terrible fin en territoire français, rarissime puisque non survenu en France depuis 1924 (même si, peut-être, certains cas de "morts inexpliquées" sont d'origine rabique ?). Cet homme, dès le 14 mai, s'est senti suffisamment mal en point pour se rendre à l'hôpital, où des antalgiques lui ont été prescrits. Deux autres fois, de plus en plus faible, fiévreux, mal en point, il retournera tenter de se faire prendre en charge, sans plus de succès ; la quatrième tentative sera appuyée par Alain Tien-Long, Président du Conseil Général et ami du malade : l'homme sera admis, et, au regard de son état, plongé dans un coma artificiel dont il ne sortira pas vivant.

Une sorte de chauve-souris, un vampire, est porteur du virus (pas de panique, amis guyanais... toutes les petites bestioles qui nous frôlent à la tombée de la nuit ne sont pas des vampires !), virus qu'il peut inoculer aux animaux à sang chaud, dont l'homme fait partie. Le mort guyanais a vu deux de ses bêtes décéder en mars, n'a pas pensé à signaler ce décès à un vétérinaire ; parallèlement, il lui arrivait de dormir sur sa terrasse sans moustiquaire. Or, cette délicate petite bête ailée mord sa proie en lui injectant probablement un anesthésiant et un ... anticoagulant, ce qui aboutit à une hémorragie importante. Effectivement, les moustiquaires de hamac, dont on peut protéger également le fond en le nouant artistiquement, limitent les risques de morsure, et sont donc particulièrement recommandées.

On peut néanmoins comprendre que cet homme n'ait pas pensé à se protéger...

Cette mort est doublement affreuse : la rage, lorsque les premiers symptômes apparaissent, est irréversible (il faut donc se précipiter à l'institut pasteur en cas de morsure ou griffure suspecte) ; mais, pour la famille, elle s'accompagne de cette quête de diagnostic et de traitement, de prise en charge, pendant une quinzaine de jours, quête infructueuse. Une enquête est naturellement en cours, elle pourra certainement déboucher sur un tracé de ce qui s'est réellement passé.

Mais ce drame rappellera à tout le corps médical guyanais qu'ici, il n'y a pas que la dengue ou le palu, et que toutes ces fièvres "d'origine inconnue" sont potentiellement dangereusement. Bon, par ailleurs, les médecins sont rares, les infirmiers rarissimes, les spécialistes quasiment absents, les lits en nombre insuffisant... La route est longue encore avant la lumière...

Une de mes connaissances est ressortie vivante d'une expérience difficile à l'hôpital, il y a environ deux ans : elle a dû s'y rendre trois fois, de plus en plus mal en point à chaque fois, avant qu'un praticien se rende compte qu'elle était aux portes de la mort. Son cas a pu, de justesse, être traité, elle est là et bien active aujourd'hui...

Ne tirons pas sur l'hôpital de Cayenne : cela serait injuste. N'oublions pas les services d'urgence de certains hôpitaux métropolitains qui, je l'ai expérimenté,traitent leurs hôtes avec le plus grand mépris. Le métier de soignant est très lourd et peu reconnu... Le rythme de vie de chacun ne laisse pas le temps à l'échange, l'écoute. Il peut en résulter des drames. Espérons que ce qui vient de se passer réveillera les consciences du plus grand nombre - responsables, médecins et soignants de tous poils, mais aussi "patients", dont l'attitude envers le personnel pourrait parfois se nuancer de plus d'attention, sans doute ?

A plus tard !