Hier soir, infos locales sur Télé Guyane ; reportage sur l'oeuvre de Léon Gontran Damas, mais surtout sur l'impossibilité de se procurer l'un quelconque de ses livres...

La conjonction de la mort d'Aimé Césaire, le 17 avril dernier, du trentenaire de la mort de l'écrivain guyanais et du colloque organisé par Christiane Taubira la semaine dernière sur Damas ne pouvait qu'amener une demande urgente d'oeuvres tant de Césaire que de Damas, en "échoppe à livres" comme en bibliothèque : c'est quand même assez naturel, non ?

Samedi dernier, Christiane Taubira s'énervait sur l'absence d'une médiathèque digne de son nom à Cayenne (je serais mal venue de la contredire !) mais aussi sur la pauvreté de l'offre en librairie (elle disait bien librairie). Resituons les acteurs potentiels de Cayenne (arrêtons nous là, j'espère très fort qu'Encrage, à Kourou, va parvenir à maintenir sa réputation et faire face aux innombrables défis que représente son effort... Je pense naturellement que Monnerville, à Kourou et Le Toucan, à Saint Laurent, ont toute leur place, ainsi naturellement que toute personne de bonne volonté peut et doit -enfin, devrait avoir sa place-)

Donc, les acteurs de Cayenne : ils sont peu nombreux ; rayon nettement agrandi et renouvelé à Cora, alimenté par les Messageries Guyanaises de Presse, La Case à Bulles, atterrie en Guyane après un concept expérimenté déjà en Martinique et en Guyane (bien, la Case à Bulles, très bien... mais ce sont à 98 % des bandes dessinées qui y sont vendues, les quelques livres restants étant des livres grand public sur la Guyane). Et puis il y a... des livres - vulgarisation sur la Guyane - déposés par MGP dans différents magasins de souvenirs - ça marche, et pourquoi pas ? - et puis... AJC !!! AJC, qui va rendre un hommage à Aimé Césaire au Salon du Livre, à la fin du mois (et pourquoi pas à Damas ???), mais qui pour l'instant s'avoue totalement démuni en livres de l'un ou l'autre de ces deux auteurs. Nos "marchands de livres" (c'est la personne interviewée qui emploie le terme... quelque peu gênant dans la bouche de "professionnel" : je n'achète pas des "mètres" ou des "kilos" de bouquins - enfin, personnellement -, j'attends des conseils, des discussions, un ecclectisme, une connaissance de l'actualité, un fonds documentaire solidement charpenté, etc... et voilà qu'on me balance ce terme quelque peu réducteur), nos "marchands de livres", disais-je, sont à sec . Entendons nous bien, j'adore par exemple m'acheter des beaux tissus, je vais bien chez un "marchand", et un libraire doit naturellement être un commerçant, faut bien que ses comptes s'équilibrent... Mais justement, s'il était un bon professionnel, il ne laisserait jamais s'épuiser son stock de livres sur Damas, par exemple, de même qu'à Cayenne on trouve toujours du madras à foison chez tous les commerçants spécialisés, ou du tissu africain !... Il saurait qu'il doit avoir ce fonds en stock, obligatoirement, surtout à un anniversaire comme celui-ci, qui était prévisible, non ? Commerce et qualité ne sont-ils vraiment pas conciliables ? Pourquoi certains libraires (Mollat, à Bordeaux, Coiffard, à Nantes, et j'en connais bien d'autres !) parviennent-ils à vivre à quelques encablures d'une FNAC ??? Débat facile, pensez-vous, voire stérile, mais non : je pense vraiment comme Christiane Taubira que librairie et médiathèque sont des outils indispensables à la construction des jeunes (et en Guyane, la population est majoritairement mineure !).

Quels acteurs de la chaîne du livre sont-ils donc en état d'hibernation ??? Pourquoi cette situation semble t elle inéluctable ? Qui doit bouger sur le sujet ?

Je me garderais d'apporter des réponses... Je ne les ai pas, même si j'ai quelques idées. Lorsque j'ai vu ensuite le même reportage nous montrer quelques livres de Damas filmés à la "Bibliothèque départementale Franconie" pendant que le journaliste nous disait qu'il n'y avait là que l'on pouvait les trouver, en consultation sur place seulement, parce que la bibliothèque faisait l'objet de nombreux vols, le reportage s'achevant sur une bibliothèque prise de l'avenue de Gaulle, toutes portes et tous volets clos... Cela m'a fait un peu froid dans le dos : quel constat !!! Qui va réagir ? le Conseil Général ? la Ville de Cayenne ? la DRAC ????

Je lis, en ce moment, certes, même si je nous vous parle point souvent bouquins ; mais je ne dispose pas d'assez de temps pour vous retrouver : de gros soucis chez un couple d'amis nous prennent beaucoup de notre temps libre, et c'est bien normal, et puis aussi... je prépare le Salon du Livre, moi aussi !

Bon dimanche ; ici, il pleut, il pleut doucement mais inexorablement : un peu normal, mai et juin sont les plus pluvieux de l'année. A bientôt !