Virginie Brunelot, dont je vous ai déjà parlé pour son livre "Chroniques du cimetière de Cayenne : histoire informelle de la Guyane du XIXe siècle à travers ses défunts", publié chez l'Harmattan (qu'on ne trouve d'ailleurs pas chez AJC, librairie du chef lieu guyanais située... à trois pas dudit cimetière !), est passée par ici et sa visite lui a inspiré ce commentaire qui prolonge un de mes derniers messages ; je lui passe donc la plume :

"Chemin de croix du Vendredi Saint.

15H30. Au bas de la colline de Bourda, des femmes vêtues de blanc, des enfants endimanchés et quelques hommes espèrent la venue d'un prêtre. Las d'attendre, les pélerins, munis de bougies, entament leur procession à travers la canopée. Les 14 stations sont matérialisées par des troncs équarris, noircis par les flammes, vierges de tout symbole ou image. Je ne suis pas véritablement instruite du cérémonial à observer mais la conduite de certaines femmes m'intrigue : elles roulent des bougies sur le tronc en récitant des prières de délivrance (de qui ? la question reste sans réponse), puis les déposent au pied de la station et les arrosent de quelques gouttes de rhum. Un homme, vêtements immaculés, gravit la pente, une pierre posée sur la tête. Plus iquement, une dévote égraine un chapelet en récitant des psaumes entre deux stations. J'ai perdu le décompte des stations, obnubilée par la montée sur le chemin de latérite, dans l'air moite et poisseux du sous bois. Enfin le sommet ! Le terre plein, débrousaillé pour l'occasion, est jonché de bouteilles et de cartons de bougies vides. Quelques femmes sont allongées près des ordures. Un calvaire est planté sur un socle carré, bouffé par la moisissure noire et ruisselant de coulées de cire. Un Christ, privé de membres après la profanation d'octobre dernier (pour des pratiques occultes, parait-il), git au milieu de fleurs artificielles et de bouteilles de rhum. Bien que le lieu n'appelle pas à l'élévation de l'âme, quelques femmes gravitent autour du calvaire en entonnant un chant monocorde et lancinant. L'endroit est bien tristounet et ne respire pas la solennité mais il offre un beau panorama sur la plage de Bourda où le vert de la végétation le dispute au sable doré.

Ce n'était peut-être pas un chemin de croix conforme aux usages mais il y avait matière à découverte. Un chemin de croix en noir et blanc."

plagebourda

Le matin, Virginie Brunelot avait proposé à une dizaine de personnes une visite du cimetière, toujours passionnante, dans la mesure où elle nous rapproche des gisants et de leur histoire, dont les lieux sont encore si imprégnés... Une photo de la Plage de Bourda, pour clore ce message nocturne... et un grand merci à Virgnie !