Le dimanche de l'Epiphanie (premier du mois de janvier) s'est ouvert comme chaque année le carnaval de Guyane ; le "souci", pour les vrais amateurs, c'est qu'il va être très très court cette année, puisqu'il se termine à la veille du mercredi des Cendres... Très frustrant pour beaucoup de participants, tant des défilés qui ont lieu dans les principales villes du département, le dimanche après-midi, que des bals de "touloulous" ou de "tololos". Le touloulou, c'est la femme dont l'on ne doit voir aucun millimètre carré de peau, camouflée qu'elle est sous cagoule, collants, gants, jupons, manches longues, jupes longues, loups, perruque, chapeau... Une fois tout cet équipement mis en place, les touloulous - qui ne doivent sous aucun prétexte se révéler aux proches - partent entre amies au bal et la fête commence... Ce soir, c'est le touloulou qui invite. Devant "lui", une ribambelle d'hommes, tous plus fiers les uns que les autres, attendent que "le" toulou les invite à danser. L'art des toulous est de se faire désirer... Ainsi, il peut prendre le poignet d'un danseur potentiel qui se sent déjà embarqué dans une danse très chaude quand retomber son bras : d'une petite voix de fausset, touloulou lance "touloulou voir l'heure". Une phrase très répandue - touloulou ne parle pas, pour ne point être reconnu ! - "touloulou a soif !". On l'imagine sans peine, tant les dancings sont pleins et les couples nombreux. La danse ici ne demande pas énormément de place, ce n'est pas la valse ni le tango ni le rock ; on parle de "piqué-piqué", très chaud, donc, ou de biguine, voire de mazurkas. Des écoles de danse ont lieu tout au long de l'année pour préparer l'évènement. Voilà, c'est la revanche de la femme : masquée, touloulou est Reine incontestée du Carnaval. Son costume est souvent magnifique et coûte beaucoup d'argent. Touloulou ne met pas la même robe, week end après week end : sa garde-robe est abondante, il faut jongler avec les hauts, les gants et les chaussures...

L'autre point fort du carnaval est donc le défilé du dimanche après-midi, nettement moins harmonieux, organisé, dynamique à Cayenne qu'à Kourou depuis quelques années, vraisemblablement pour des problèmes financiers. C'est dommage, car il n'est pas forcément évident d'aller à Kourou voir la "grande parade" (elle a lieu demain). Et celle de Cayenne, dimanche prochain, risque d'être moins animée : à voir quand même !

Pendant les "jours gras", la plupart des magasins ferment tôt, et les défilés se succèdent, engendrant parfois violences difficilement endiguées ; car c'est aussi une parenthèse de défoulement pour certains, qui n'évoque pas du tout l'ambiance du carnaval de certaines villes métropolitaines.

Mais ne vous inquiétez pas trop : beaucoup d'agents de sécurité veillent pendant cette période...

Amusez-vous bien !