... est bien joli ce soir sur la terrasse où je vous écris, alors que la saison de pluie, bien présente, rafraichit fortement la température : pensez donc, il ne fait que 23°, il fait froid... Je me rends bien compte que notre corps s'adapte vite à la chaleur et que nous sommes bien "tropicalisés" ! Lors de notre séjour en France, j'ai chopé une méga crève, normal : un froid humide (mais un vrai froid...) n'était pas pour moi...

Or donc, alors que les oiseaux innombrables tentent de ne pas se faire oublier, chantant et sifflant au milieu des multiples grenouilles qui prolifèrent autour de nous en papotant comme des folles, que "notre" nid dont j'ai déjà eu l'occasion de vous parler se peuple à nouveau (un véritable hôpital !!!), un petit gecko (mini lézard) - non, ils sont deux ! - se baladent en face de moi, chassant les moustiques. Hier soir, grosse surprise pendant que nous regardions les infos : un charivari au-dessus de nos têtes, inadmissible : manifestement, nos "combles" sont habités par quelque pian ou autre bestiole... Les pians, ici, ressemblent à des gros rats et ne sont guère attractifs. A la différence de ces derniers, ils sont herbivores, mais peuvent se montrer agressifs si vous les déranger et vous mordre violemment : on les a donc laissés faire la java !

Mais mon gecko n'était qu'un prétexte pour vous parler ce soir du "polar" que je finis tout juste, de Jean-François Vilar, "Bastille Tango" paru chez Babel d'Actes Sud en 98 (il y a dix ans...) (mais la première édition est de 1986). Alors, pourquoi je vous parle d'un vieux bouquin comme ça, que tout le monde sand doute connaît ? Et bien d'abord parce que moi, j'avais zappé, ensuite parce que l'Argentine et son proche passé dramatique y est omniprésente... et que j'ai bien aimé. Sauf que je ne l'aurais pas vraiment rangé dans les polars... L'histoire, elle est vue à travers l'objectif du photographe Victor, qui passe son temps à fusiller les pauvres vestiges en phase de destruction de la place de la Bastille qui doivent laisser la place au futur Opéra de la Bastille. Intrigué par l'incessant travail d'un colleur d'affiche qui tapisse murs et trottoirs d'innombrables portraits d'un homme torturé, Victor fait sa connaissance lors d'une nuit de traque photographique. Il comprend progressivement que l'homme, Oscar, n'est pas vraiment étranger au milieu argentin réfugié à Paris. Bientôt le procès de quelques uns des chefs des "escadrons de la mort" doit s'ouvrir à Buenos Aires, des amis de Victor doivent aller témoigner... et curieusement ces témoins potentiels commencent à disparaître... Le démarrage est assez lent , mais la trame se met bien en place, avec alternance d'ambiance presque argentine, à "la Boca", bar où se dansent de sensuels tangos, et de retour vers l'horreur. J'ai aimé, parce que j'ai pensé que l'auteur avait su faire passer toute la tragédie de l'époque sans asséner de kyrielle de dates indigestes et en mettant face à face des caractères bien ambigüs : Victor, quelque peu velléitaire (mais pas tant que ça !), face à une Jessica passionnée et fataliste.

Et en arrière-plan, on assiste au démantèlement de tout un quartier, inexorable et total : même si vous ne le connaissiez pas, vous aurez l'impression d'avoir été avec Victor au cinéma quand vous étiez petit et de pouvoir reconnaître Ida dans la rue.

J'arrête, je vais vous empêcher de (re)danser ce tango insolite et quelque peu troublant...

A bientôt.