Une grande fête pour la Guyane : c'est Maud Prigent, principale "actrice" de la librairie Encrage, basée pour l'instant rue de Gaulle à Kourou, qui obtient pour l'année 2007 la Bourse Libraire de la Fondation... Jean-Luc Lagardère. Bon, on ne va pas épiloguer sur l'anachronisme qui réside dans cette bourse... mais le résultat concret, c'est que Maud reçoit 30.000 € pour son projet de developpement d'Encrage, et que c'est une bonne chose. La Guyane souffre terriblement de l'absence de librairie, de vraie librairie : Encrage en est une, encore en phase de développement. AJC en est une autre, j'espère - pour elle ! - en phase de nouvel essor... Le rayon livres de Cora est tout à fait à la hauteur, les Amandiers existent toujours...

Pourquoi ce département majoritairement jeune n'arrive-t-il pas à se doter d'outils favorisant l'accès à un plus grand nombre à la lecture publique, et donc à la connaissance ? Comment les élus n'arrivent ils pas à saisir l'importance de ce développement, son caractère urgent et essentiel ?

Il n'y a que très peu de professionnels dans le domaine du livre en Guyane ; en métropole également, la plupart des gens pensent qu'il n'est pas difficile du tout de travailler autour de ce support. C'est cool, c'est facile... Voui voui... Que nenni, il faut de la rigueur (pour faire l'état des lieux de la librairie ou de la bibliothèque, état des lieux tant qualitatif que quantitatif : ce que j'ai correspond-il bien à la population que je suis censé toucher ? Ai-je assez de documents de ce type ? Ai-je les moyens financiers de continuer à commander à ce rythme jusqu'à la fin de l'année ? Ai-je le personnel adapté au travail que je lui demande ? Lit-il ? Est-il à l'écoute du public ?) ; rigueur, donc, mais aussi passion et investissement personnel très important : parce qu'il faut lire, lire encore, affiner sa connaissance du public, mais aussi des collègues à "manager", savoir les inciter à se former... et trouver la bonne formation... voire la mettre en place !

Je pourrais être très loquace sur ce type de sujet ; normal, c'est mon métier. A vrai dire, l'un des propos qui m'exaspère le plus lorsque l'on discute difficultés des librairies, c'est "non, mais tu comprends, avec internet, avec la télé..." : désolée, que des professionnels puissent dire n'est pas vraiment admissible. Certes, Internet existe, avec des ressources énormes : nous nous devons de les approcher et de les connaître afin de pouvroir faire nos acquisitions en fonction de ce que propose Internet, justement : c'est un défi supplémentaire, mais intéressant. Et puis à nous, ainsi que le fait Maud Prigent pour Encrage, d'attirer des lecteurs potentiels en organisant des animations, tant en direction des adultes que des enfants... Et pour cela, il faut de l'argent, un peu, et du personnel qualifié... beaucoup...

D'où le retour à l'un des problèmes essentiels du monde du livre en Guyane : la formation. L'an dernier, l'université Antilles-Guyane avait pu mettre en place une formation en ligne pour les bibliothécaires potentielles ; le système a très bien fonctionné : c'est certainement dans ce voie là qu'il faut creuser, cela rapportera aux générations futures plus que de l'or...

Bravo à Maud pour cette bourse, et bon courage pour la suite !!!