Le troisième Festival "de Cinéma des Mondes Métissés" a fermé ses portes, je ne suis pas allée hier soir vérifier si la "soirée de clôture" était réservée à quelques élus ou ouvert au plus grand nombre : j'étais trop ko pour, tant pis !

Par contre, pendant le week end et lundi soir, nous avons pu nous glisser dans les salles obscures. Ainsi que le Kayenn Jazz Festival, Cinamazonia se délocalise. Nous sommes allés voir quatre films à la Mairie de Rémire-Montjoly, documentaires en fait, dont le dénominateur commun était l'apreté.

Un film sur l'Oyapock, d'abord, "Oyapock, le fleuve partagé", de Thierry Robert, diffusé par RFO. De l'embouchure à la source, un voyage quelque peu monotone sur ce fleuve frontière entre le Brésil et la France. Curieusement, il ne peut qu'évoquer l'émission Pagra de la semaine dernière qui évoquait les relations quelque peu tendues entre amérindiens et orpailleurs, en amont du fleuve... Mais puisque les plus hautes autorités nous ont dit que des actions étaient en cours pour résoudre les problèmes, citoyens guyanais, dormez sur vos deux oreilles !!!

On y est retourné le dimanche, pour trois autres films. Je vais commencer pas le dernier, qui m'a consternée ; il n'est pas documentaire mais presque. Il est se déroule pendant les années sombres de la guerre civile au Surinam, au début des années 90 - ce n'est pas si vieux...- On y découvre des groupes de militaires et de guerilleros se cherchant et s'abattant, avec un village typique de "notre" extrême ouest : quelques carbets, le travail par les femmes du manioc et leur broderie, la chasse pour les hommes... et la guerre qui y fait de brutales incursions avec l'un ou l'autre des groupes armés. Film désastreux par ses clichés, sa musique adaptée pour chaque type d'action, l'homme qui "se soulage" pendant qu'un autre se prépare à l'agresser... Je ne sais si quelqu'un y a retrouvé ses petits ; et pourtant... "Les larmes de la forêt surinamienne", c'est le nom de ce film, mais je n'en connais pas le réalisateur, sont vraisemblablement celles de quelqu'un ayant vécu ces drames de l'intérieur.

On a vu aussi "le rideau de sucre", film de Camila Guzman Urzua, qui nous plonge dans le Cuba d'aujourd'hui grâce au jeu de ping pong entre les années 70 et nos années : des adultes se souviennent de leurs jeunes années d'écoliers, de la Révolution, des colonies de vacances et racontent leur quotidien... qui n'a plus rien à voir parce que, avec "l'effondrement" du bloc soviétique qui perfusait l'île, les citoyens ont petit à petit appris à payer pour vivre. Nostalgique et dur, il vient de sortir en France, je ne puis que vous le conseiller. Vous regarderez Cuba avec d'autres yeux lorsque vous envisagerez d'y prendre vos vacances.

Le documentaire qui m'a touchée profondément, c'est Tjibaou, le pardon. Une révolution tranquille, de Gilles Dagneau et Wallès Kotra. J'imagine que pour certains tout ce qui s'est passé dans les années 80 en Nouvelle Calédonie n'est qu'un vague souvenir. Que voici un bon film pour connaître cette lointaine île et avoir envie de se plonger dans son récent passé mouvementé. Après l'assassinat de Jean Marie Tjibaou, le 4 mai 89, et Yeiwéné Yeiwéné par Djubelly Wéa, à Ouvéa s'ouvre une période de souffrances et de haine entre les familles et les clans. Ce qui est ici raconté, c'est tout le travail de réconciliation, aboutissant aux coutumes et au pardon par Marie-Claude Tjibaou - la femme de Jean-Marie - et sa famille. Film très prenant, très émouvant, il ne peut que nous inciter à un propre travail de paix : si Marie-Claude, grande dame parmi les plus grandes, a pu pardonner cela... peut-être sommes nous capables d'engager un processus de discussion et de tolérance réciproque ?

Bon, pour cela, il faut être "deux" ; et ça... c'est pas gagné, pas toujours ! Mais que le souvenir de Madame Tjibaou s'insinue en nous, nous serons plus forts dans nos rencontres parfois difficiles du quotidien.